​👥​Participation / Webinaire "Développer des alliances éducatives avec des moyens contraints"
Face aux inĂ©galitĂ©s Ă©ducatives, en milieu urbain comme rural, les acteurs de l'Ă©ducation s’organisent pour amĂ©liorer les conditions dans lesquelles grandissent les enfants et les jeunes, mais aussi pour leur permettre d’être pleinement acteurs de leurs parcours. Le webinaire du 5 mai 2026 a permis de mieux comprendre leurs dynamiques, de donner Ă voir le fonctionnement de dĂ©marches et de projets visant Ă coopĂ©rer au sein de la communautĂ© Ă©ducative et de dĂ©couvrir des exemples d’alliances Ă©ducatives.Â
Le webinaire a réuni près de 90 personnes autour de quatre intervenants :
Olivier PREVOT, Professeur des universités en sciences de l'éducation et de la formation, responsable du campus des alliances éducatives
Eric FARDET, Inspecteur général auteur de trois rapports sur les territoires éducatifs ruraux
Emilie LOUAULT, Directrice de Terrecole (37)
Olivia HUARD, Directrice Adjointe du Pôle des solidarités, Centre Communal d’Action Sociale de la ville de Marmande (47)
À noter : Le webinaire organisé le 5 mai 2026 constitue une brique du cycle sur les alliances éducatives porté par Pays et Quartiers de Nouvelle-Aquitaine, qui comprend également :
La capitalisation de la journĂ©e rĂ©gionale dĂ©diĂ©e aux alliances Ă©ducativesÂ
Le groupe de travail sur l’écosystème des alliances éducatives
Le recueil d’expĂ©riences sur les alliances Ă©ducativesÂ
Qu’entend-on par “alliances éducatives” ?
Olivier Prévôt, professeur des universités en sciences de l'éducation et de la formation, part d’un constat simple : les enfants passent entre 37 et 55 % de leur temps en dehors de l’école en période scolaire. Ces chiffres passent à 69 voire 77 % si l’on considère une année pleine.
Dès lors, comment peut-on penser l’éducation uniquement à partir de l’école ?
Si l’école, et l’Education nationale de manière générale, joue un rôle prépondérant, les questions éducatives ne peuvent relever uniquement de cet acteur. Malgré des évolutions progressives, cette injonction faite à l’école est le fruit de l’histoire de sa construction dans les territoires (1). Les enfants et les jeunes évoluent, en réalité, entre différentes “sphères éducatives” : l’éducation familiale, scolaire ou de formation et enfin durant le temps libre. Or, là où les institutions demeurent largement organisées en silos, les enfants et les jeunes, eux, traversent en continu ces différents espaces au fil de leur quotidien. Ainsi s’impose l’idée de construire autour des enfants et des jeunes des “alliances éducatives”.
Les alliances éducatives peuvent s’entendre de la manière suivante : “Se connaître, se reconnaître pour agir en cohésion, ensemble ou séparément, pour répondre aux besoins de l’enfant. Cela implique de reconnaître la place et l’expertise de chacun et de laisser aux acteurs l’espace nécessaire pour qu’ils agissent en compétence, dans le respect des alliances conçues collectivement et de la responsabilité qui leur est donnée.” Olivier Prévôt
En ce sens, les alliances éducatives nécessitent que les conditions soient réunies pour permettre aux acteurs de se rencontrer et de se connaître, puis de développer une estime mutuelle. Définies ainsi, les alliances éducatives se distinguent de la coéducation, qui pourrait laisser penser que les acteurs doivent s’accorder sur tous les aspects. Ici, l’hétérogénéité des points de vue est considérée comme une richesse pour accompagner, ensemble et au mieux, les enfants et les jeunes. Ainsi, les alliances éducatives ne supposent pas l’effacement des différences de culture professionnelle ou d’expertise, mais la capacité à les faire dialoguer.
Dans les territoires les plus fragiles, qu’il s’agisse des quartiers populaires ou des territoires ruraux qui sont confrontés à une précarité importante, à un maillage éducatif plus distendu, ou encore, et notamment dans le rural, à une démographie en baisse, les alliances éducatives sont d’autant plus importantes. Elles permettent de réduire les inégalités territoriales, de soutenir les solidarités qui s’y développent et d’accompagner les montées en compétence, savoirs et habiletés. Le campus des alliances éducatives en est un exemple.
Ce centre d’innovation situĂ© Ă PĂ©rigueux a vocation Ă former et accompagner les acteurs de terrain, tout en alimentant les connaissances scientifiques sur les alliances Ă©ducatives. En associant largement les acteurs locaux, le campus des alliances Ă©ducatives se positionne comme un projet structurant dans un espace rural confrontĂ© Ă des inĂ©galitĂ©s d’accès aux ressources et aux dispositifs d’accompagnement. En mobilisant des Ă©tudiants au service de projets locaux, en produisant des Ă©tudes et des recherches sur les dynamiques d’alliances, le campus a vocation Ă irriguer l’ensemble du dĂ©partement, accompagner le dĂ©veloppement de projets et soutenir l’innovation. Il joue ainsi un rĂ´le d’interface entre recherche, formation et action territoriale.Â
Conditions de réussite des alliances éducatives
1- Le coordinateur, pivot des alliances éducatives
La coordination est un rôle clé des alliances éducatives. C’est cet acteur pivot qui construit les conditions de coopération entre les membres de la communauté éducative et veille à leur inscription dans la durée. Parmi ses fonctions :
- Mobiliser l’ensemble des acteurs du territoire, y compris les plus éloignés des questions éducatives ;
- Créer du lien entre tous les acteurs;
- Instaurer un climat de confiance par l’écoute, le dialogue et l’accompagnement permettant à chacun de dépasser ses postures ;
- Favoriser l’émergence d’une direction commune avec les élus et les parties prenantes ;
- Assurer le pilotage des dynamiques ;
- Accompagner, ajuster et faire vivre les alliances dans la durée.
La double coordination (collectivitĂ© territoriale et Education nationale) est apparue comme un puissant levier pour renforcer l’implication de toutes les parties prenantes. La coordination apparaĂ®t ainsi moins comme une fonction administrative que comme une fonction de “traduction”, de mise en lien et de construction d’une culture commune.Â
2- Des coopérations à penser à plusieurs échelles
Les coopĂ©rations se construisent Ă diffĂ©rents niveaux :Â
- entre ministères et/ou directions nationales : c’est le cas des CitĂ©s Ă©ducatives qui font l’objet d’un partenariat entre l’Agence nationale de la cohĂ©sion des territoires et le ministère de l’Education nationale.  L’intĂ©gration de Jeunesse et Sport au sein de l’Education nationale est un autre exemple d’évolution impulsĂ©e Ă un niveau national qui a eu d’importantes rĂ©percussions sur le terrain, notamment la sortie d’un modèle centrĂ© sur l’école.Â
- Ă l’échelle d’un territoire ou d’un pĂ©rimètre d’action (dĂ©partement, EPCI, territoire infra) pour impulser une dynamique impliquant les dĂ©cideurs (en particulier les Ă©lus) dans les diffĂ©rentes institutions. Concrètement, cela peut passer par la mise en cohĂ©rence des documents cadre qui structurent les politiques publiques, par exemple : le projet Ă©ducatif de territoire et plus largement les diffĂ©rentes feuilles de route portĂ©es par les Ă©lus dans les collectivitĂ©s, la convention territoriale globale dĂ©finie entre la Caisse d’Allocations Familiales et ses partenaires locaux, le contrat local de santĂ©/santĂ© mentale en lien avec les Agences RĂ©gionales de SantĂ© etc.  La question de ces pĂ©rimètres s’impose comme un enjeu-clĂ©: si les EPCI apparaissent comme un niveau intĂ©ressant de coopĂ©ration entre institutions, comme l’a dĂ©montrĂ© la mise en place des Territoires Éducatifs Ruraux, certains dĂ©coupages administratifs ne correspondent pas aux “bassins de vie” des habitants.Â
- sur le terrain entre les structures et professionnels au contact des publics, et bien sûr avec les parents, les familles, et les enfants et jeunes eux-mêmes.
Ces diffĂ©rents niveaux ne sont pas figĂ©s et il peut y avoir une porositĂ© entre ces Ă©chelles de coopĂ©ration.Â
3- Construire un horizon partagé dans le temps long
Les diffĂ©rents exemples mentionnĂ©s durant le webinaire montrent la nĂ©cessitĂ© de bĂ©nĂ©ficier d’un soutien, voire d’une volontĂ© politique forte pour mettre en Ĺ“uvre des projets de coopĂ©ration. Ces derniers, pour ĂŞtre efficaces, nĂ©cessitent du temps, de la stabilitĂ© et une capacitĂ© Ă construire des rĂ©fĂ©rences communes entre partenaires.La question du temps est, Ă ce titre, centrale : les alliances ne se dĂ©crètent pas, elles se construisent progressivement. Tisser des liens et construire des rapports de confiance entre acteurs de la communautĂ© Ă©ducative doit se penser sur le temps long afin qu’ils deviennent suffisamment solides.Ă€ cette volontĂ© s’ajoute la nĂ©cessitĂ© de s’appuyer sur les connaissances locales, en particulier dans les territoires fragilisĂ©s, pour pleinement prendre en compte les rĂ©alitĂ©s du terrain. Cela passe par l’élaboration, au niveau local, de diagnostics partagĂ©s, qui permettent aux acteurs de savoir oĂą ils en sont pour construire ensemble un plan d’action. Cela suppose Ă©galement de faire pleinement confiance aux acteurs de terrain pour leur laisser la capacitĂ© Ă expĂ©rimenter, tester et Ă©prouver des pistes, des actions et des pratiques. Â
4 - Penser l’éducation de manière transversale à l’échelle du territoire
Enfin, construire des alliances Ă©ducatives suppose de  prendre en compte des sujets qui dĂ©passent largement le cadre de l’école pour penser l’éducation Ă l’échelle d’un territoire. Les enjeux de mobilitĂ©, de santĂ©, de culture, de sport, d’emploi, d’attractivitĂ© ou encore de dĂ©veloppement Ă©conomique sont incontournables. Ainsi, en associant des acteurs divers dans une dĂ©marche transversale, ces alliances contribuent autant aux parcours qu’au dĂ©veloppement territorial. L’exemple du TER de Saint BĂ©at en Haute Garonne (31) est ainsi instructif : le territoire a rĂ©ussi Ă mettre en adĂ©quation le projet de l’EPCI en matière d’attractivitĂ© et de dĂ©veloppement Ă©conomique, marquĂ© par sa situation gĂ©ographique en proximitĂ© de l’Espagne, avec le projet Ă©ducatif. Le TER a ainsi structurĂ© plusieurs dynamiques concourant Ă cet objectif : apprentissage de l’espagnol dès la maternelle, programmes de mobilitĂ©, etc.Â








